Entretien avec la poétesse Elena Luz Martinez

Elena Martinez

Entretien de avec la poétesse hispano-canadienne Elena Martinez.

Qui est Elena Luz Martinez?

Elena Luz Martinez est une poétesse canadienne d’origine espagnole. Elle vit au Canada depuis l’âge de six ans. Elle a fait ses études à l’université de Laval au Québec. Elle exerce la fonction de conseillère psycho-sociale au centre des femmes de Montréal .Quelques-uns de ses poèmes ont été écrits en duo avec le poète marocain Mohamed El Qoch. Et ce choix de l’écriture en commun avec un poète donné ne s’explique que par l’existence de points communs dans la conception de la nature et des fonctions de l’art poétique .Et les principaux traits d’union sont apparemment au nombre de deux: le premier est le romantisme combatif au sens où l’entendaient les poètes romantiques arabes et à leur tête Gibrane Khalil Gibrane et Aboulkacem Chebbi .Et cela se manifeste dans les tableaux désolants qu’elle brosse de l’atroce situation dans laquelle se débat l’humanité et son choix de se tenir aux côtés des damnés de la terre mais ,fragilisée sans doute par sa sensibilité romantique extrêmement vive , elle ne tarde pas, comme Gibrane et Chebbi, à se cloitrer dans une sorte de solitude contemplative .Le second point commun est la projection dans le futur, par le biais du rêve, d’un monde paradisiaque où les maux dont se plaint le poète céderont leur place au bonheur et à l’extase .Stylistiquement, son écriture se caractérise par l’usage massif du procédé de l’accumulation , au moyen duquel elle fait déferler des cascades d’images à un rythme très rapide , créant une impression de prodigalité et de profusion

.Question 1 : Vous êtes canadienne d’origine espagnole et vous écrivez en langue française. Avez-vous gardé une relation quelconque avec votre pays et votre culture d’origine ?

Elena Martinez :Tout d’abord professeur Salah Ben Amor, je tiens vous remercier très sincèrement pour la pertinence et le sérieux de vos questions qui témoignent de votre respect et de votre intérêt pour la poésie et pour les auteurs qui vous la confie. Et ce, en faisant abstraction du genre, de la provenance, de la culture, de l’âge, de la croyance religieuse ainsi que du statut social, pour ne faire la lumière que sur ce lien commun qui nous rassemble tous ici, soit notre amour de la poésie. Pour répondre adéquatement à cette première question, à l’instar d’Amin Maalouf dans son essai « Les identités meurtrières », je dirai que je ne crois pas être issue d’une identité unique, mais bien d’identités multiples. Il est vrai que je suis d’origine espagnole par le sang, par mes racines, sans oublier mon tempérament latin. Cependant, je me sens également française pour avoir fait entre autres choses l’apprentissage du français en France. Le français, cette langue à la fois complexe que nuancée qui a insufflée n moi la passion des mots, de la poésie, de l’écriture. Cependant, je suis également québécoise et nordique par le cœur et par la raison, car le Québec demeure ma terre d’accueil. Pourtant, il reste que j’ai une affection particulière pour ma langue maternelle, l’espagnol puisqu’elle me ramène au meilleur des heures, celles du berceau et des bras remplis de tendresse de ma grand-mère, Esperanza (Espoir). J’ai d’ailleurs dans mes tiroirs, une multitude de poèmes écrits en espagnol. En vérité, je suis avant tout une citoyenne du monde, une réalité de plus en plus répandue dans cette ère de la mondialisation.

Question 2 :Vous avez publié vos deux recueils de poésie en France. Peut-on en conclure que l’ambiance culturelle au Canada n’est pas ou peu propice à l’éclosion et l’encouragement des talents dans le domaine poétique ?

Elena Martinez : En effet, comme le soulignait si justement le poète Mohammed El Qoch, les maisons d’éditions canadiennes soutiennent davantage la prose à la poésie. Mais il faut comprendre également que la culture et l’art comme dans bien des pays en cette ère technologique et économique n’est pas le cheval de bataille du gouvernement en place, pas davantage que celui de ses prédécesseurs. Toutefois, il faut admettre que depuis quelques années la poésie a gagné auprès de la population un nouvel engouement et devient tristement une« tendance ». Oui, tristement car est-ce dire que cet intérêt pour la poésie n’est que passager ? Et pourtant, le Québec a connu et connais encore de grands poètes et de grandes poétesses qui sont devenus auteurs, et interprètes transposant les vers en strophes de chansons. Il semble facile d’oublier que toutes les chansons sont avant tout des poèmes et qu’il en est ainsi, depuis la nuit des temps.

Question 3 :Un bon nombre de vos poèmes vous placent dans ce qu’on peut appeler« le romantisme combatif » dont la caractéristique première est de se tenir aux côtés des damnés de la terre. Croyez-vous que la poésie est capable de délivrer l’humanité de ses maux et de ses souffrances ?

Elena Martinez : Excellente question. Pour être honnête, j’ai toujours eu un regard poétique sur la vie, il est exact d’exprimer que j’ai une âme romantique voire utopique…c’est-à-dire, en ce qui me concerne, que j’ai une prédisposition naturelle à percevoir et ressentir l’âme des êtres et de la vie dans ses profondeurs. De plus, j’ai un amour sans borne pour mon prochain qui va de pair avec ma douleur devant les injustices inhérentes à notre humanité. Pour moi l’écriture est une respiration essentielle qui permet l’émergence de mes questionnements, de mes incompréhensions, mais également de la beauté qui trouve toujours une brèche dans le plus noir des noirs pour éclairer notre monde et le montrer sous un angle différent. Je crois que la poésie sans avoir le pouvoir de délivrer l’humanité de ses maux et de ses souffrances nous tend les clés d’une dimension souvent négligée et pourtant essentielle à notre évolution, celle du ressenti, celle de l’esprit, celle de l’âme tout autant que celle de notre imaginaire créatif. Ici, je vais partager les propos de l’animatrice, Madame Pascale Seys qui dans le cadre d’une émission sur la station Musiq’3 RTDF fait état d’une recherche récente du quotidien britannique, Le Guardian, portant sur l’importance de la poésie et se questionnant sur la manière dont les poètes pouvaient illuminés les moments les plus sombres de notre vie. La réponse confine à l’évidence dit-elle :« Dans un monde épris d’ivresse technologique jusqu’au déséquilibre. Dans un monde où tout s’évalue, s’achète et se vend. La poésie a des vertus psychologiquement stabilisantes. La poésie apaise, elle nous soutient et elle nous enracine, mais pourquoi? Parce que la poésie c’est une voix, c’est la voix d’un autre en nous qui lorsque nous la lisons ou méditons un vers ou une ligne de prose en sortant de l’impératif de la rentabilité ou de ce qui doit être utile à quelque chose. Cette voix venue d’ailleurs devient en nous-mêmes intériorisée en répondant utile et fidèle, car la poésie que nous faisons l’effort d’apprendre demeure en nous pour toujours. Elle nous nourrit dans les couches profondes en même temps qu’elle nous décentre. La poésie est en ce sens, le mode d’emploi du monde. ».

Question 4 : Une autre caractéristique non moins marquante de votre poésie : c’est la grande dimension humaine qui s’en dégage. Ya –t-il une relation entre cette dimension et votre fonction entant que conseillère psychosociale au centre des femmes de Montréal ?

Elena Martinez : Sans aucun doute, je suis ce que j’écris et j’écris ce que je suis, entre les deux pas de décalage notable. Ma poésie ne pourrait être autre qu’humaniste en raison de ma fonction de conseillère et de la dimension psychosociale propre à mon parcours tant personnel que professionnel.

Question 5 :Venons maintenant à l’expérience de l’écriture en duo avec le poète marocain Mohammed El Qoch. Savez-vous que ce genre d’écriture ne peut réussir que s’il y a des points communs entre les deux poètes qui écrivent les mêmes textes ? Qu’en pensez-vous ?

Elena Martinez :Vous avez parfaitement raison, je suis convaincue que Mohammed et moi avons des âmes apparentées pour qu’il soit si facile à nos quatre mains de s’unir dans des envols poétiques virtuels (mais si réels) aussi respectueux qu’harmonieux où même les proches nous connaissant l’un ou l’autre ne peuvent deviner qui a écrit tel vers ou tel autre. Comme l’a si joliment exprimé l’écrivain Paul Éluard : Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. Je suis convaincue, que ce précieux cadeau du destin est arrivé à point nommé pour les deux. Pour ma part, je lisais et admirais déjà la poésie de Mohammed. Étant de nature réservée, j’ai été tout d’abord déstabilisée par sa demande, ne croyant pas être à la hauteur de son indéniable talent, il m’a permis par sa patience, gentillesse et respect à me faire confiance, à risquer la beauté de nos quatre mains en toute humilité. D’ailleurs, plusieurs de ces poésies en duo sont encore inédites, car nous avions le projet dans faire un recueil, elles dorment chacune dans leur couffin virtuel.

Question 6 : Avez-vous lu les poèmes que Mohammed El Qoch avait écrits avec la poète française Maryjoe Cassandre Danton et la poète uruguayenne Janice Montouliu.Si oui y avez-vous trouvé des différences avec les poèmes qu’il a écrits avec vous ?

Elena Martinez : Oui, et toujours avec un grand plaisir. Ce sont deux poétesses adorables et très talentueuses. Des différences, il y en a toujours et c’est bien là que réside la beauté de la poésie d’être multidimensionnelle. Nos mains et nos esprits sont libres de s’unir dans l’écriture avec d’autres mains ou d’écrire en solo. Ceci dit, c’est toujours un grand privilège et une expérience unique pour moi de joindre les miennes à celles du poète et artiste-peintre qu’est à mes yeux Mohammed.

Question 7 : Vous venez d’entreprendre une nouvelle expérience en écrivant des contes pour enfants .Est-ce une expérience passagère ou bien comptez-vous la continuer ?

Elena Martinez : J’adore le monde de l’enfance et selon moi, les enfants sont des poètes nées et c’est pourquoi, c’est avec un grand privilège et immense plaisir que je vais continuer d’écrire pour eux des contes ou comptines poétiques en collaboration avec la merveilleuse et très douée illustratrice, Daniela Zekina.

Question 8 : Vous avez lu notre anthologie Analectes de poésie mondiale dans laquelle vous aviez été retenue .Que pensez de la poésie arabe qui y a été traduite en langue française ?

Elena Martinez :Je pense que la poésie doit se faire accessible pour tout un chacun. C’est pourquoi je suis vraiment heureuse de pouvoir lire et apprécier à sa juste mesure la beauté intemporelle de la poésie arabe.

Question 9 :Êtes-vous satisfaite du service que le facebook vous apporte en tant que poète ?

Elena Martinez :Le réseau social Facebook a ses forces et ses points à améliorer. Ceci dit, je suis satisfaite puisqu’il m’a permis de rencontrer des personnes exceptionnelles.

Question10 :Quels sont vos projets proches et lointains ?

Elena Martinez :J’ai toujours plus d’un projet sur ma planche de travail : des contes ou comptines poétiques originaux pour enfants de tous âges. Un écrit de développement personnel pour adultes (outil de connaissance de soi). Un projet de recueil de poésies avec des éditeurs québécois. Et surtout, poursuivre ma contribution humanitaire en accompagnant à mon humble mesure mes prochains dans le développement de leur plein potentiel.

Mohamed Salah Ben Amor pour la revue CULMINANCE et les Éditions ICHRAQ

A propos dynamot

Consultante psychosociale et conseillère en développement socioprofessionnel mon centre d'intérêt premier est l'accompagnement de mon prochain dans le respect de son autodétermination ainsi que ma passion pour le pouvoir constructif de certains mots lorsqu'ils sont rattachés à l'action.
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