Alba, la quête de l’absolu (Extrait)

Enfant, tout me semblait démesuré. Mon père était un géant faisant les cent pas dans mon cœur. Marquant ainsi de ses enjambées de sept lieux ma petite existence.

Dans mon vaste imaginaire, un bosquet se métamorphosait en une forêt luxuriante et tropicale. Les remous d’une rivière devenaient une mer en furie. Un ciel d’ardoise, un espace musical où éclataient toutes les tempêtes. Mes joies comme mes peines, toutes mes émotions étaient amplifiées par cette lutte incessante entre le trop-plein et le trop peu. Le calme et l’intense. Entre la tendresse qui parfois au hasard des jours se déversait sur moi, telles de grandes lampées d’eau claire si bonne à boire. Une eau de ressourcement que firent couler sur moi des adultes, mais surtout une femme, Esperanza, ma grand-mère, source inaltérable où me désaltérer l’âme. Et, trop souvent hélas, une eau glaciale et familière dans laquelle je me noyais au fil des courants. Emportée par des vagues déferlantes d’indifférence.

Je buvais les paroles de mon père comme d’autres boivent de grands verres d’eau fraîche, cherchant ainsi à étancher ma soif de tendresse. Pourtant ses paroles étaient trop souvent abrasives comme du sable qui érafle le gosier et lézarde l’âme. Alentour, tout était mouvance, instabilité et fuite. C’est ainsi que ma vie à peine naissante m’échappait déjà. Dire que j’aimais mon père serait faible. En vérité, je l’adorais. Mon père était comme cela doit l’être sans doute pour bien des fillettes, le centre de mon univers, ma seule religion et mon Dieu. Et Dieu est témoin qu’en ces temps-là, j’avais la foi. Même les yeux grands écarquillés, mon regard d’enfant  ne parvenait pas à le contenir en son entier. Il meublait scène par scène ma petite enfance pour en faire un vaste théâtre de pourquoi et de comment. Interrogations qui restent encore aujourd’hui sans réponses. Un mystère pesait sur ma naissance comme une ancre m’empêchant de naviguer. Je tournais en rond. Quand mon père respirait librement, nous respirions tous, mais lorsqu’il étouffait, nous étouffions avec lui. Toute la maisonnée respirait d’un seul poumon.

 

© Elena Martinez
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A propos dynamot

Consultante psychosociale et conseillère en développement socioprofessionnel mon centre d'intérêt premier est l'accompagnement de mon prochain dans le respect de son autodétermination ainsi que ma passion pour le pouvoir constructif de certains mots lorsqu'ils sont rattachés à l'action.
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